RAPPORT / Quelle qualité pour le temps de midi dans les écoles bruxelloises ?

 

Confrontées à un nombre croissant d’enfants, des directions d’écoles bruxelloises décrivent ainsi le temps de midi : « Organisation très difficile / Locaux peu spacieux / L’ensemble des élèves doit être réparti dans de nombreux locaux ce qui nous oblige à augmenter notre encadrement / Moment perturbateur pour les enfants ainsi que pour le personnel encadrant / Masse énorme d’enfants à encadrer sur un laps de temps court / Bruyant, totalement déstructuré par le manque de qualité du personnel et le faible nombre d’encadrants / Point le plus négatif de notre établissement scolaire ».

 

Les chiffres collectés par l’Observatoire de l’enfant de la Commission communautaire française en collaboration avec les coordinations de l’Accueil Temps Libre (ATL) bruxelloises confirment ces propos.

 

Menée par questionnaire auprès des établissements de l’enseignement fondamental, notre enquête sur le temps de midi à l’école a rencontré un écho important puisque pas moins de 129 écoles sur 273 écoles interrogées y ont répondu.

 

Complétant et confirmant largement les résultats d’une première enquête réalisée par la coordination ATL de Schaerbeek sur son territoire, les résultats montrent qu’un nombre très important d’enfants (86% en moyenne) restent à l’école durant le temps de midi.

 

Pour y répondre, les écoles organisent souvent les repas en plusieurs services. Mais malgré cela, il faut constater que le nombre d’élèves bruxellois prenant leur repas ensemble au même moment reste beaucoup trop élevé par rapport à la surface des lieux de repas et à l’encadrement disponibles :

 

  • 2/3 des écoles offrent des espaces de repas de moins de 1,5m² par enfant, une surface de réfectoire pourtant minimale ;
  • En moyenne, sur le temps de midi, un accueillant encadre 28 enfants de maternelle, un chiffre qui monte jusqu’à 75 enfants dans certaines écoles et est plus important encore dans le primaire ;
  • Le temps dédié au repas est parfois trop court, particulièrement pour les élèves qui prennent plus de temps pour manger.

 

Ce moment consacré au repas n’est donc pas relaxant mais induit, au contraire, stress, agitation et conflits dans un environnement caractérisé par un bruit excessif et par la nécessité d’une organisation millimétrée toujours menacée par le moindre imprévu.

 

Par ailleurs, les écoles ont beaucoup de mal à disposer de personnel en nombre suffisant et celui-ci se caractérise généralement par de faibles qualifications et un statut souvent très précaire.

 

Au-delà du repas, les problèmes d’encadrement des enfants touchent l’ensemble du temps de midi. Si de nombreuses écoles tentent de mettre en place des activités, notamment pour constituer des groupes d’enfants plus restreints, celles-ci ne peuvent être proposées qu’à une minorité d’enfants et sont souvent payantes. De plus, les espaces que peuvent occuper les enfants pendant le temps hors repas sont trop exigus et l’occupation d’un nombre important de locaux simultanément est difficile sans un nombre d’accueillant-e-s plus important. Le manque d’espace se fait particulièrement ressentir lorsqu’il pleut et que les enfants ne restent pas dehors faute d’espaces extérieurs couverts suffisamment grands.

 

Interrogées sur leur souhait d’améliorations, une majorité d’écoles insiste sur un meilleur encadrement en personnel et sur de meilleures infrastructures.

 

Gageons que le temps de midi, enjeu tant au niveau du bien-être des enfants que de leur réussite scolaire, ne sera pas oublié dans le cadre de la réflexion actuelle sur la révision des rythmes scolaires !

 

Un temps scolaire ou extrascolaire ?

Le temps de midi peut être considéré comme un « temps à part », ni temps scolaire, ni temps extrascolaire. En effet, ce temps ne rentre pas dans les périodes pour lesquelles une école peut bénéficier d’une subvention dans le cadre du Décret sur l’accueil temps libre ; ce n’est donc pas un temps extrascolaire. Mais ce n’est pas non plus un temps scolaire. Si un Arrêté de la Communauté française prévoit bien une norme de financement des surveillances et définit des conditions minimales pour pouvoir assurer la surveillance du temps de midi, le moins que l’on puisse dire est que le financement prévu comme les normes définies dans l’arrêté sont minimalistes et ne permettent certainement pas un accueil de qualité à midi. De plus, bien qu’on ne puisse plus imaginer une école sans accueil sur le temps de midi, son organisation reste facultative.